Introduction : au commencement était la disponibilité, historique de la notion
“L’univers (que d’autres appellent la Bibliothèque), se compose d’un nombre indéfini […] de galeries hexagonales, avec au centre de vastes puits d’aération bordés par des balustrades très basses. […] vingt longues étagères, à raison de cinq par côté, couvrent tous les murs moins deux […]. Chacun des murs de chaque hexagone porte cinq étagères ; chaque étagère comprend trente-deux livres, tous de même format ; chaque livre a quatre cent dix pages ; chaque page, quarante lignes, et chaque ligne, environ quatre-vingts caractères noirs 2.”
Dans sa nouvelle, Jorge Luis Borges décrit son « rêve de bibliothèque » : une bibliothèque presque infinie contenant toutes les combinaisons possibles de 23 des lettres de l’alphabet combinées avec l’espace et le point. Rêve car elle contient tous les livres parus, disparus, à paraître, ainsi que toutes leurs interprétations, les réfutations des interprétations, dans toutes les langues, mêmes inconnues, mais aussi l’histoire de votre vie, passée, présente, ou future 3.
Mais comme le décrit William Marx dans son cours du collège de France consacré au « rêve de la bibliothèque parfaite », ce rêve tourne vite au cauchemar, celui de la masse, cette bibliothèque n’est pas ordonnée, pas classée, « les nombres s’y multiplient au-delà du raisonnable » 4. Combien de pages contenant d’incompréhensibles suites de caractères vous faudra-t-il consulter pour trouver le récit de votre vie ? Combien de livres devrez-vous ouvrir dans cette bibliothèque finie mais contenant 1.956 × 101834097 livres pour y retrouver les œuvres disparues d’Eschyle ? Combien de kilomètres devrez-vous parcourir dans cet espace plus grand que l’univers connu pour y trouver ne serait-ce qu’un livre qui aurait du sens ? La bibliothèque de Babel exprime ainsi le débordement du langage, punition divine infligée aux humains dans le mythe éponyme 5. Elle se transforme en cauchemar non pas du fait de sa volumétrie mais par l’absence de classement, par l’impossibilité de retrouver quoi que ce soit dans cette bibliothèque gouvernée par les nombres : “nombre indéfini de galeries hexagonales contenant chacune 20 étagères contenant chacune 32 livres contenant chacun 410 pages contenant chacune 40 lignes contenant chacune 80 caractères.”
Publiée en 1941, La bibliothèque de Babel n’a jamais cessée d’être actuelle, une quantité d’information immense gouvernée par les nombres, écrasants et impossibles à imaginer : on fait assez rapidement le parallèle avec le web, ses Zettaoctets de données 6, immense lac dans lequel il est facile de se perdre et où le problème majeur que posait la bibliothèque de Borges, celui de la place prise par ces milliards de milliards de livres n’existe (presque) plus. Ainsi a émergé en 2016 la notion de Découvrabilité 7 : « capacité qu’a un objet à être repéré parmi un vaste ensemble d’autres contenus, en particulier par une personne qui n’en faisait pas précisément la recherche. » 8 qui peut se résumer en trois mots : disponibilité d’abord, repérabilité ensuite, et enfin, recommandation. Les questions posées par la notion, celles de se repérer dans l’immensité documentaire, ne sont pas neuves, Borges les posait déjà en 1941. Ce sont les réponses qui le sont : tout en posant le problème de la masse, le web – et plus largement les technologies de l’information et de la communication – viennent aussi offrir la solution en mettant à notre disposition un arsenal de possibilités de classement que sont les index, moteurs de recherche et autres algorithmes de recommandation.
Cette problématique de la masse se pose aussi de façon exacerbée dans les institutions patrimoniales qui ont (on y reviendra en détails) depuis plusieurs années numérisé, parfois massivement, leurs fonds générant elles aussi une masse qu’il devient difficile d’appréhender. Tel est le cas de la Radio Télévision Suisse (RTS), institution créée en 2011 suite à la fusion de la Télévision Suisse Romande (TSR) et de la Radio Suisse Romande (RSR), réunies en une seule entité d’entreprise (RTS) membre de la Société suisse de Radiodiffusion (SSR) qui en compte trois autres, correspondant aux langues nationales Suisses : la SRF (Schweizer Radio und Fernsehen) pour l’allemand, la RSI (Radiotelevisione svizzera) pour l’italien et la RTR (Radiotelevisiun Svizra Rumantscha) pour le romanche. En une dizaine d’années, la RTS a numérisé la totalité des 680 000 heures d’archives radiophoniques et des 220 000 heures d’archives télévisuelles qu’elle conservait. Une telle masse documentaire pose là aussi la question de la découvrabilité : comment faire en sorte que les utilisateurs, documentalistes, chargés de la valorisation d’un tel fonds s’y retrouvent ?
Si l’objet du stage effectué à la RTS (pour une durée de quatre mois entre avril et juillet 2024) était au départ de réfléchir à la visualisation des données, un état de l’art réalisé sur le sujet ainsi que des entretiens menés avec une dizaine de personnes utilisatrices du fonds (documentalistes et producteurs de télévision) ont permis de faire émerger un fort besoin d’améliorer la découvrabilité de ce dernier. Les différents chemins parcourus en vue de remplir cet objectif ont donné lieu à l’écriture d’une preuve de concept (POC) sur le domaine (annexée au présent mémoire) mais aussi à une réflexion plus large sur la notion de découvrabilité. Ainsi, au long de ce mémoire nous poserons la question suivante : « Dans un secteur patrimonial où la numérisation a pris une place considérable : quelle importance revêt la notion de découvrabilité et quelles sont ses limites ? » À laquelle nous répondrons en prenant des exemples tirés de notre expérience à la RTS mais aussi d’ailleurs.
Nous commencerons par plonger dans les enjeux autour de la notion de découvrabilité que sont la disponibilité, la repérabilité et la recommandation. Ce sera aussi l’occasion de tenter d’historiciser la découvrabilité : de quoi est-elle le reflet et à quelles questions semble-elle répondre ? Afin d’aborder la repérabilité, et tout au long de ce mémoire, nous nous appuierons sur des éléments vus pendant le stage, ainsi, nous ferons un état des fonds conservés par l’institution ainsi que de leurs métadonnées. Nous évoquerons ensuite la recommandation en passant par l’importance, très patrimoniale, de la notion de sérendipité. La deuxième partie tentera d’aller plus loin en explorant la question des interfaces favorisant la découvrabilité, ces dernières nous semblent en effet capitales dans le cas patrimonial. Ce sera l’occasion de parcourir les transformations des catalogues, l’importance de la visualisation de l’information et ce que nous intitulons les « nouvelles interfaces » et les nouvelles pratiques qui en découlent. Nous terminerons notre mémoire par poser la question des limites et des problématiques, pour cela nous proposerons un état du Web en tant qu’écosystème favorisant ou non la découvrabilité. Nous explorerons ensuite les questions institutionnelles autour de la formation des agents et des réglementations et acheverons ce mémoire par une réflexion sur les angles morts de la notion de découvrabilité que sont l’accessibilité numérique, les enjeux écologiques et ceux d’explicabilité algorithmique.
Partie 1 : Historique et enjeux de la découvrabilité
Aux origines était la disponibilité
La nouvelle bibliothèque de Babel : vers un Big data patrimonial
Depuis plus de vingt ans, les institutions patrimoniales ont massivement numérisé leurs collections. Si l’utopie de recréation d’une « Bibliothèque d’Alexandrie 2.0 » s’est rapidement révélée irréaliste9, il n’en reste pas moins que le volume de données numérisées est devenu colossal. Cela est encore plus vrai dans le domaine du patrimoine audiovisuel : les institutions occidentales se sont retrouvées, au tournant des années 2000, face à des problématiques de dégradations des supports très importantes, notamment à cause du tristement célèbre « syndrome du vinaigre »10. Il a donc fallu numériser ; mais la dégradation des supports n’est pas la seule raison de ces programmes de numérisation massifs, et il nous semble ici intéressant de détailler les autres. En premier lieu, il faut évoquer qu’ils ont eu lieu à une période où la société elle-même se « numérisait » : il y a eu une demande forte de la part des citoyens d’accès à ce qu’ils considéraient comme « leur patrimoine »11; qui plus est — dans le cas de la RTS — la mise à disposition de quelques fragments de la collection avait créé un engouement qui a permis de donner une impulsion au programme de numérisation ; il faut ensuite ajouter à cela un besoin d’accès multiple aux mêmes documents, c’est le cas à la RTS évidemment (plusieurs émissions avaient souvent besoin de réutiliser les mêmes images d’illustration), mais c’est encore plus le cas pour des documents tels que l’État civil, massivement numérisé par les archives départementales en France. Pour terminer, et c’est loin d’être anodin, il faut ajouter à toutes ces raisons le fait que « c’était possible »12 : l’arrivée de technologies de stockage de masse (LTO)13 et de chaînes de numérisation plus rapides et efficaces rendaient la numérisation réalisable et soutenable financièrement. Ce mouvement qui a eu lieu dans les institutions audiovisuelles est un exemple assez extrême : peu d’institutions ont numérisé la totalité de leur patrimoine même si la volonté de le faire n’a pas manqué. Elle s’est heurtée à la réalité des métiers et à l’intérêt d’une telle opération14.
Loin d’être les seules à produire des données massives, les institutions patrimoniales suivent le mouvement initié par les géants du web, et notamment Google qui en 2005 annonce à la foire du livre de Francfort le projet « Ocean » qui vise à numériser intégralement les collections de six puis seize bibliothèques partenaires15, créant un véritable électrochoc qui a marqué l’intensification des volumes numérisés pour tous les acteurs, privés ou publics.16.
Les données disponibles sur le web, au tournant des années 2010, deviennent donc massives. S’il est très délicat de donner des chiffres sur ce volume, qui de toute manière sont inintelligibles, on estime généralement qu’en 2010 1,2 zettaoctet17 ont été produits contre 64 Zo en 2020 et sur ce même volume, environ 5% seraient conservés soit 3,2 Zo18. Le secteur patrimonial est loin d’être responsable de cette augmentation, c’est plutôt l’essor du web dit 2.0 : celui des blogs, des réseaux sociaux, de l’interactivité19 décrit en 2009 par Benjamin Bayard dans une phrase qui est devenue célèbre : « L’imprimerie a permis au peuple de lire, internet va lui permettre d’écrire » à qui il faut imputer cette production documentaire massive (suivi de nos jours par les objets connectés). Cette surabondance documentaire sans précédent pose évidemment des questions de découvrabilité, et plus encore de recherchabilité. De fait, dès 2007, un article intitulé « The discoverability of the web »20 pose la question du pourcentage de pages renvoyées par un moteur de recherche sur un sujet donné par rapport aux sources utiles : face à la masse grandissante de contenus sur le web, comment garantir la pertinence et l’efficacité des moteurs de recherche ? C’est bien là un signe que l’enjeu de découvrabilité n’est pas intrinsèque au secteur public et patrimonial.
Dans tous les cas, les volumes de données sont tels qu’on peut parler, dans notre cas de big data patrimonial : 10 millions de documents sur Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France21, 53 millions sur Européana22, portail européen regroupant les bibliothèques numériques du continent, 1 million d’heures de programmes numérisés à la RTS23, 28 millions à l’Institut national de l’audiovisuel (INA) totalisant 80 pétaoctets de données24. Il devient totalement impossible pour l’humain d’appréhender les collections numérisées de façon globale (rendant leur consultation fastidieuse), qui plus est dans un contexte où les institutions patrimoniales sont loin d’être les seules à proposer du contenu en ligne : la bataille est rude pour capter l’attention des utilisateurs.
Quand la “Fatigue muséale” rencontre “l’économie de l’attention”
En 1916, Benjamin Ives Gilman posait le concept de Fatigue muséale25, fatigue ressentie par le visiteur d’un musée explorant une vaste collection. S’il est vrai que l’article originel est plus focalisé sur la posture du visiteur : souvent obligé de s’accroupir, de se baisser, pour regarder des objets parfois de tailles très réduites dans des vitrines aux reflets problématiques ; on peut étendre cette notion à une fatigue mentale dans laquelle le visiteur serait plongé par une trop grande abondance d’informations et d’objets riches à la fois visuellement et sémantiquement et par le manque de visibilité globale d’une collection, rendant sa compréhension épuisante26.
D’une part, comme noté plus haut, on a des collections patrimoniales massivement mises en ligne et qui génèrent une Fatigue muséale, car impossibles à appréhender dans leur ensemble et de l’autre, une ressource qui se raréfie : l’attention. Cette dernière est placée au centre du modèle économique du web si bien qu’on vient à parler d’une « Économie de l’attention » en reprenant le concept posé par Herbert Simon en 1971 et bien étudié en France par Yves Citton qui le définit comme un modèle fondé, non pas sur la rareté de l’offre face à la demande, mais tout à fait le contraire : la chose rare est ici la capacité de réception du public, son attention27. Donc dans un monde où l’offre est pléthorique, c’est ici la demande qui est précieuse. Cela constitue une véritable rupture pour les politiques culturelles et surtout en France, et il nous semble important de revenir sur cela en détails.
Pour ce faire, il nous faut remonter à la création du ministère de la Culture en 1959. La politique mise en œuvre alors était celle de l’offre ; André Malraux partait en effet du postulat que la médiation était inutile. Il considérait en effet que les œuvres étaient performatives et permettaient à leur regardeur de se transcender28. Cette approche s’observe notamment par une politique de l’offre, matérialisée par la création dans chaque département des maisons de la culture pour que, selon André Malraux : « n’importe quel enfant de seize ans, si pauvre soit-il, puisse avoir un véritable contact avec son patrimoine national et avec la gloire de l’esprit de l’humanité »29. Si l’arrivée au pouvoir de la gauche en 1981 et de Jack Lang au ministère de la Culture fait changer les politiques culturelles notamment du point de vue de la création qui s’ouvre aux cultures du monde et aux cultures dites alternatives (fondation du festival international de théâtre de rue d’Aurillac en 1986)30 on voit poindre la remise en cause d’un art performatif ne nécessitant pas de médiation avec la mise en place de l’EAC (éducation artistique et culturelle). Le tournant majeur se situe vers 2010. Cela coïncide d’ailleurs avec le phénomène de « big data patrimonial » décrit plus haut, Frédéric Mitterrand, récemment nommé rue de Valois, veut rompre avec la politique de la “culture pour tous”, fondée sur l’offre et avance l’idée d’une « culture pour chacun »31 qui se voudrait plus volontaire en allant vers les personnes dites éloignées de la culture. Si à l’époque son discours avait été très fortement décrié par les acteurs culturels, force est de constater, comme le relève Claude Poissenot32, que plusieurs actions ont été mises en œuvre dans ce sens ces dernières années, et notamment le Pass Culture, dont l’objectif est de donner à voir aux jeunes une grande variété de contenus culturels en leur proposant d’en choisir un certain nombre via des crédits : l’argent public est donc placé du côté de la demande, pour la stimuler et non plus de l’offre et c’est un changement fondamental.
Le tournant de l’année 2010 fait donc émerger deux problèmes : celui d’une surabondance de l’offre et celui, concomitant, d’une raréfaction de la demande que des collections massives fatiguent rapidement. C’est à ces deux problématiques que semble vouloir répondre la notion de découvrabilité que nous tâcherons d’historiciser dans la prochaine section.
La naissance de la découvrabilité
Il est difficile de donner une date précise à la naissance de la notion de découvrabilité tant que les questions qu’elle pose sont anciennes : comment naviguer dans le milliard de documents d’archives conservées avant la Révolution en France ?33 Que répondre à Michelet qui, déjà en 1869, se plaignait d’être « inondé de journaux, de romans et d’un déluge de papier » ?34 Il nous faut en revanche noter qu’elle s’est cristallisée au tournant des années 2010, moment où les institutions patrimoniales, et plus généralement le web, voient leur volume documentaire décupler. Ce qui change fondamentalement ici, c’est que les technologies de l’information et de la communication, en posant le problème de la masse, laissent aussi entrevoir une solution au travers de la notion de découvrabilité. Cette dernière est aussi liée à la crainte d’une perte de diversité culturelle accentuée par le web et ses effets de viralité et de bulle de filtre (sur lesquels nous reviendrons). Ainsi, en 2005, l’UNESCO publie une déclaration sur la diversité culturelle qui exprime la crainte que les technologies de l’information et de la communication renforcent un déséquilibre de visibilité des cultures minoritaires par rapport aux cultures déjà majoritaires :
« Constatant que les processus de mondialisation, facilités par l’évolution rapide des technologies de l’information et de la communication, s’ils créent les conditions inédites d’une interaction renforcée entre les cultures, représentent aussi un défi pour la diversité culturelle, notamment au regard des risques de déséquilibres entre pays riches et pays pauvres, »35
Au moment où les pouvoirs publics constatent d’une part l’échec partiel de la politique de l’offre et envisagent de se tourner vers une politique de la demande, et d’autre part reconnaissent la difficulté de se démarquer sur le Web au milieu d’une multitude de contenus, il devient essentiel pour eux d’assurer leur visibilité. Ce n’est donc pas un hasard si l’évènement considéré comme fondateur de la notion de découvrabilité s’est tenu pendant la même décennie, en 2016 au Canada, et a eu pour sous-titre « le contenu à l’ère de l’abondance ». Il a été organisé par Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) et l’Office national du film du Canada (ONF)36, illustrant le lien — dans les politiques culturelles — entre découvrabilité et contenus audiovisuels (secteur souvent qualifié de privilégié, comme on le verra dans notre partie 3 sur les règlementations).
En France, si la pandémie37 a clairement mis en avant la notion de découvrabilité, l’élément activateur semble être la grande enquête sur les pratiques culturelles de 2018 qui notait un « essor considérable des pratiques culturelles numériques » et qui consacrait dans le même temps une fréquentation des lieux culturels en hausse « surtout après [l’âge de] 40 ans » et une montée en puissance dans la population la plus jeune des pratiques culturelles numériques, quelles qu’elles soient : écoute de musique, jeux vidéos, mais aussi visionnage de films. Ainsi, la consommation quotidienne de télévision et de vidéos est en baisse pour toutes les catégories d’âges si l’on s’intéresse uniquement au linéaire,38 mais en hausse si on y ajoute la consommation de vidéos en ligne.39 D’où, probablement, le projet de lancement de la mission sur la découvrabilité en avril 2019 (planifiée avant la pandémie), qui rend un rapport sur la notion en novembre 2020.40 C’est effectivement un moment où l’inquiétude pour les institutions culturelles de ne pas retrouver leur public du fait de changements d’habitudes (télétravail, digitalisation), est très présente et où les confinements successifs déplacent les pratiques culturelles vers le web. Prenons l’exemple des salles de cinéma, dont la fréquentation avait chuté en 2022(à la fin des restrictions sanitaires) un niveau inférieur à 40% de ce qu’elle était en 2019. La crainte de la perte du public était très présente et il était essentiel que les salles de cinéma et leurs contenus (notamment le cinéma francophone) restent visibles alors que les pratiques culturelles avaient été déplacées en ligne.41 Il faut toutefois aujourd’hui nuancer les craintes exprimées en 2022 ; l’année 2023 a montré que les salles noires regagnaient en vitalité pour atteindre un niveau de recettes presque équivalent à celui d’avant la crise sanitaire.42 Les pratiques culturelles en ligne ont pris une importance capitale et il fallait pour les pouvoirs publics disposer d’outils pour promouvoir « les contenus culturels francophones ».
Notes
- Jorge Luis Borges, La bibliothèque de Babel, 1963, url : https : / / baptiste – tosi . eu /
documents/la-bibliotheque-de-babel.pdf (visité le 19/08/2024), p. 1. - William Marx, Le rêve de la bibliothèque parfaite : épisode • 4/10 du podcast Les bibliothèques in-
visibles | France Culture, url : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-cours-
du-college-de-france/le-reve-de-la-bibliotheque-parfaite-7100321 (visité le 19/08/2024). - Ibid.
- Tour de Babel — Wikipédia, url : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tour_de_Babel (visité le
19/08/2024). - Un zettaoctet correspond à un million de téraoctets (To) ou un milliard de gigaoctets (Go)
- Nous verrons que si le terme francophone est né en 2016, les questions posées par la découvrabilité
ne sont pas neuves - Stratégie commune de la mission franco-québécoise sur la découvrabilité des contenus culturels
francophones | Gouvernement du Québec… - Emmanuelle Bermès, ”De l’écran à l’émotion, quand le numérique devient patrimoine”, Paris,
2024, p. 20. - « Le syndrome du vinaigre est le phénomène de dépolymérisation spontanée qui se produit dans
les films pour la photographie ou le cinéma, par dégradation de l’acétate en acide acétique, causant ainsi
la détérioration du support des œuvres. » – Wikipédia, Syndrome du vinaigre - Marielle Rezzonico, Entretien avec Marielle Rezzonico, chargée de valorisation des archives, juin
2023. - Denise BARCELLA, Entretien avec Denise Barcella, experte patrimoine des archives de la RTS
et ancienne enseignante de l’université de Lausanne en histoire de la télévision. Mai 2024. - Pour linear tape open, méthode de stockage magnétique permettant de stocker de grands volumes
de données de façon plus pérenne que sur disque dur - E. Bermès, ”De l’écran à l’émotion, quand le numérique devient patrimoine”…, p. 21.
- Olivier Ertzscheid, Économie des biens culturels, cours de 2e année de DUT information et
communication option métiers du livre et du patrimoine, 2019. - E. Bermès, ”De l’écran à l’émotion, quand le numérique devient patrimoine”…
- Un zettaoctet correspond à un million de téraoctets (To) ou un milliard de gigaoctets(Go)
- Data growth worldwide 2010-2025 | Statista, url : https://www.statista.com/statistics/
871513/worldwide-data-created/ (visité le 19/08/2024). - Web 2.0 — Wikipédia, url : https://fr.wikipedia.org/wiki/Web_2.0 (visité le 19/08/2024).
- Anirban Dasgupta, Arpita Ghosh, Ravi Kumar, Christopher Olston, Sandeep Pandey et Andrew
Tomkins, « The discoverability of the web », dans Proceedings of the 16th international conference on
World Wide Web, Banff Alberta Canada, 2007, p. 421-430, doi : 10.1145/1242572.1242630. - 10 millions de documents numérisés dans Gallica | BnF – Site institutionnel, url : https :
//www.bnf.fr/fr/actualites/10- millions- de- documents- numerises- dans- gallica (visité le
19/08/2024). - Europeana, url : https://www.bnf.fr/fr/europeana (visité le 19/08/2024).
- Janique Sonderegger, Entretien avec Janique Sonderegger, premier lien du cercle Data Mange-
ment, service données et archives (RTS), mai 2024. - Eleonore Alquier, Journée de présentation de l’institut national de l’audiovisuel (INA), janv.
2024. - Benjamin Ives Gilman, « Museum Fatigue », The Scientific Monthly, 2–1 (1916), Publisher :
American Association for the Advancement of Science, p. 62-74, url : https : / / www . jstor . org /
stable/6127 (visité le 19/08/2024). - Florian Windhager, Saminu Salisu, Günther Schreder et Eva Mayr, « Orchestrating Overviews :
A Synoptic Approach to the Visualization of Cultural Collections », Open Library of Humanities, 4–2
(août 2018), doi : 10.16995/olh.276, pp. 1-2. - Emmanuel Durand, L’attaque des clones : la diversité culturelle à l’ère de l’hyperchoix, Paris,
2016 (Nouveaux débats, 44), Citton Yves, « pour une écologie de l’attention », Paris, Seuil, 2014, p. 16
in. - Christian Godin, « « La culture pour chacun » : une nouvelle politique culturelle ? », Cités, 45–1
(2011), p. 164-168, doi : 10.3917/cite.045.0164, §3. - Emmanuel de Waresquiel, Dictionnaire des politiques culturelles de la France depuis 1959, Paris,
2001, Entrée « (cité dans) maison de la culture ». - Ibid.
- « Le ministère pose le cadre de sa nouvelle doctrine : la ”culture pour chacun” » (, nov. 2010),
url : https://www.lemonde.fr/culture/article/2010/11/04/le-ministere-pose-le-cadre-de-
sa-nouvelle-doctrine-la-culture-pour-chacun_1435445_3246.html (visité le 19/08/2024). - Claude Poissenot, Vers une politique culturelle de la demande ? – Livres Hebdo, url : https:
/ / www . livreshebdo . fr / article / vers – une – politique – culturelle – de – la – demande (visité le
19/08/2024). - Olivier Poncet, Archivistique moderne, cours de première année de Master Technologies numé-
riques appliquées à l’histoire, 2022. - E. Bermès, ”De l’écran à l’émotion, quand le numérique devient patrimoine”…, p. 47.
- La Convention de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles |
Diversité des expresions culturelles, url : https://www.unesco.org/creativity/fr/2005-convention (visité le 19/08/2024). - Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) et l’Office national du
film du Canada (ONF), Le contenu à l’ère de l’abondance, sommet sur la découvrabilité des contenus cultu-
rels canadiens, 2016, url : https://web.archive.org/web/20171027015812/http:/decouvrabilite.
ca/videos/resume-sommet-decouverabilite/, Ironie du sort, le site orignellement lié au sommet est
indisponible mais a été sauvegardé sur Internet Archive. - Celle du Covid-19
- La télévision/radio dite linéaire est celle qui est suivie en direct en tant que flux, elle se différencie
de la consommation à la demande où le téléspectateur/auditeur regarde/écoute les programmes selon son
choix, en ligne - Cinquante ans de pratiques culturelles en France [CE-2020-2], juill. 2020, url : https://www.
culture.gouv.fr/fr/espace- documentation/statistiques- ministerielles- de- la- culture2/
publications / collections – de – synthese / culture – etudes – 2007 – 2024 / Cinquante – ans – de –
pratiques-culturelles-en-France-CE-2020-2 (visité le 19/08/2024), p. 24. - Stratégie commune de la mission franco-québécoise sur la découvrabilité des contenus culturels
francophones | Gouvernement du Québec… - Jörg Müller et Amandine Schreiber, « Les sorties culturelles des Français après deux années de
Covid-19 », Culture études, 6–6 (2022), p. 1-20, doi : 10.3917/cule.226.0001, §1 et §2. - « Les Français ont confirmé leur retour dans les salles de cinéma en 2023 » (, janv. 2024), url :
https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/01/02/les- francais- ont- confirme- leur-
retour-dans-les-salles-de-cinema-en-2023_6208729_3234.html (visité le 20/08/2024).
Bibliographie
Bermès (Emmanuelle) — ”De l’écran à l’émotion, quand le numérique devient patrimoine”, Paris, 2024.
Borges (Jorge Luis), La bibliothèque de Babel, 1963, url : https://baptiste-tosi.
eu/documents/la-bibliotheque-de-babel.pdf (visité le 19/08/2024).
Cardon (Dominique), « Dans l’esprit du PageRank. Une enquête sur l’algorithme de
Google », Réseaux, 177–1 (2013), p. 63-95, doi : 10.3917/res.177.0063.
Chatelain (Jean-Marc), « La politesse des livres », dans La Bibliothèque de l’honnête
homme : Livres, lecture et collections en France à l’âge classique, Paris, 2003 (Confé-
rences et Études), p. 105-144, doi : 10.4000/books.editionsbnf.2489.
Cinquante ans de pratiques culturelles en France [CE-2020-2], juill. 2020, url : https://
http://www.culture.gouv.fr/fr/espace-documentation/statistiques-ministerielles-
de- la- culture2/publications/collections- de- synthese/culture- etudes-
2007-2024/Cinquante-ans-de-pratiques-culturelles-en-France-CE-2020-2
(visité le 19/08/2024).
Claes (Arnaud), Arnaud Claes – Algorithme de service public et autonomie critique :
Etude des effets de la contrôlabilité d’un algorithme de recommandation sur l’autonomie
critique de ses usagers | UCLouvain, thèse de doct., Belgique, Louvain-La-Neuve,
2022, url : https : / / uclouvain . be / fr / facultes / espo / evenements / arnaud –
claes.html (visité le 19/08/2024).
Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC)
et l’Office national du film du Canada (ONF), Le contenu à l’ère de l’abon-
dance, sommet sur la découvrabilité des contenus culturels canadiens, 2016, url :
https : / / web . archive . org / web / 20171027015812 / http : /decouvrabilite . ca /
videos/resume-sommet-decouverabilite/.
Dasgupta (Anirban), Ghosh (Arpita), Kumar (Ravi), Olston (Christopher), Pandey
(Sandeep) et Tomkins (Andrew), « The discoverability of the web », dans Proceedings
of the 16th international conference on World Wide Web, Banff Alberta Canada, 2007,
p. 421-430, doi : 10.1145/1242572.1242630.
Durand (Emmanuel), L’attaque des clones : la diversité culturelle à l’ère de l’hyperchoix,
Paris, 2016 (Nouveaux débats, 44).
Ertzscheid (Olivier), Économie des biens culturels, cours de 2e année de DUT infor-
mation et communication option métiers du livre et du patrimoine, 2019.
— GPT-4 Omni : Chat Pantin(s). Mai 2024, url : https://affordance.framasoft.
org/2024/05/gpt-4-omni-chat-pantins/ (visité le 19/08/2024).
Ertzscheid (Olivier) et Gallezot (Gabriel), « Chercher faux et trouver juste, » ( juill.
2003).
Godin (Christian), « « La culture pour chacun » : une nouvelle politique culturelle ? »,
Cités, 45–1 (2011), p. 164-168, doi : 10.3917/cite.045.0164.
« Le ministère pose le cadre de sa nouvelle doctrine : la ”culture pour chacun” » (, nov.
2010), url : https : / / www . lemonde . fr / culture / article / 2010 / 11 / 04 / le –
ministere – pose – le – cadre – de – sa – nouvelle – doctrine – la – culture – pour –
chacun_1435445_3246.html (visité le 19/08/2024).
« Les Français ont confirmé leur retour dans les salles de cinéma en 2023 » (, janv. 2024),
url : https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/01/02/les-francais-
ont- confirme- leur- retour- dans- les- salles- de- cinema- en- 2023_6208729_
3234.html (visité le 20/08/2024).
Luneteau (Bastien) et Lecomte (Valentin), Penser la découvrabilité des contenus cultu-
rels, juin 2023, url : https://www.bnf.fr/fr/agenda/penser-la-decouvrabilite-
des-contenus-culturels (visité le 19/08/2024).
Marx (William), Le rêve de la bibliothèque parfaite : épisode • 4/10 du podcast Les
bibliothèques invisibles | France Culture, url : https : / / www . radiofrance . fr /
franceculture/podcasts/les-cours-du-college-de-france/le-reve-de-la-
bibliotheque-parfaite-7100321 (visité le 19/08/2024).
Ministères de la Culture (France et Québec), Rapport – Mission franco-québécoise
sur la découvrablilité en ligne des contenus culturels francophones, rapp. tech., France,
Québec, Ministère de la Culture, 2020, p. 60
Müller (Jörg) et Schreiber (Amandine), « Les sorties culturelles des Français après
deux années de Covid-19 », Culture études, 6–6 (2022), p. 1-20, doi : 10.3917/cule.
226.0001.
Pellegrin (Julie), Les politiques culturelles et leur mise en oeuvre, cours de 3e année
de licence histoire, histoire de l’art et archéologie, parcours médiation et conservation
des patrimoines, Nantes, 2022.
Plouviez (Mélanie), Philosophie de l’héritage : le projet Philherit, Paris, France, juin
2023, url : https://www.bnf.fr/fr/agenda/penser-la-decouvrabilite-des-
contenus-culturels.
Poissenot (Claude), Vers une politique culturelle de la demande ? – Livres Hebdo, url :
https://www.livreshebdo.fr/article/vers-une-politique-culturelle-de-
la-demande (visité le 19/08/2024).
Windhager (Florian), Salisu (Saminu), Schreder (Günther) et Mayr (Eva), « Or-
chestrating Overviews : A Synoptic Approach to the Visualization of Cultural Collec-
tions », Open Library of Humanities, 4–2 (août 2018), doi : 10.16995/olh.276.


Répondre à youyouca Annuler la réponse.